L’ouverture à l’autre

acoarecueil (4 of 6)

 

L’individuation est un chemin proposé à l’enfant dès la naissance. Avec l’emploi du Je, il accède au rang de sujet. En différenciant le Je du Tu nous nous affirmons. Nous existons en dehors d’un On qui semble nous protéger mais ne reconnaît pas les spécificités de chacun. Il y a à la fois le Je et le Tu.

Le processus de différenciation se poursuit toute la vie. L’homme devenant adulte reconnaît l’autre comme un être différent, un autre « je », souvent comme un moyen de satisfaire ses propres désirs. Une première étape, une fois le Je construit, est de passer d’une relation sujet/objet à une relation sujet/sujet. L’individu peut alors aller vers l’autre, non pour se découvrir ou se conforter, mais pour échanger, découvrant ainsi l’altérité, sans se sentir remis en cause, enrichi autant par les différences que par les points communs.

 

Du Je au Nous

Une autre étape du processus est de ressentir l’appartenance au Nous, libre des considérations du Je.

Cette considération du Je, associée à des émotions est assortie de son cortège d’attributs, d’autant plus outranciers que les émotions sont fortes : “je suis le centre du monde” ! Ce qui a longtemps été promu comme le moteur de la dynamique de certaines entreprises est souvent considéré de nos jours comme dégradant leur potentiel de fonctionnement. De plus en plus de théories de management orientent vers un management « egoless »… Iris Murdoch, dans Eloge du Carburateur affirme : « Pour bien réagir au monde, il faut le percevoir clairement, cet effort requiert un effacement de soi. Tout ce qui peut modifier la conscience dans un sens désintéressé objectif et réaliste doit avoir rapport avec la vertu. »

 

Rapport à l’ego

S’agit-il d’abandonner les considérations égotiques ? Ce n’est pas notre propos.

Edgar Morin (sociologue et philosophe) considère que « Tout sujet humain porte en lui deux quasi logiciels : l’un est celui de l’auto-affirmation égocentrique qu’exprime le Moi-Je, et est vital pour se nourrir, se défendre, se développer ; L’autre est le logiciel du Nous qui inscrit dans une relation d’amour ou de communauté au sein de sa famille, de sa patrie, de son appartenance religieuse, de son parti. Notre civilisation a surdéveloppé le premier « logiciel » et a sous-développé le second. Mais celui ci n’est qu’assoupi. Il s’agit de l’inciter à se réveiller. » Mon action et l’ensemble de mes prises de parole sur la sagesse font référence à cette inscription de l’individu au niveau du Nous, du développement de la capacité à fonctionner à ce niveau.

« L’être humain est une partie du tout que nous appelons univers, une partie limitée par le temps et l’espace. Il fait l’expérience de lui-même, de ses pensées et de ses sentiments comme des événements séparés du reste, c’est là une sorte d’illusion d’optique de la conscience. Cette illusion est une forme de prison pour nous, … » Albert Einstein

 

 Apports

Ce changement de paradigme, cette sortie de toute considération égotique nous apprend à fonctionner ensemble, à être ouvert à ce qui est, à tirer avantage de quelque chose qui dépasse la somme des potentiels de chacun: dynamique, créativité, capacité à relever des défis. C’est l’intégration de toutes les diversités dans une unité, qui devient d’autant plus riche, plus complexe, qu’elle intègre des Je très différents en utilisant et valorisant les richesses et compétences de chacun.

Dans le monde du vivant le tout est supérieur à la somme de ses parties. Le Nous est supérieur à la somme des Je. Le Nous donne du sens à notre vie et dépasse le sens de notre vie.

Alors cette vision du Nous relève-elle de l’utopie, sommes nous condamnés par la puissance des rapports de force et de domination dans l’entreprise, par la faiblesse de la capacité à valoriser l’autre ?

La chose est possible, et au-delà des expériences que l’on peut rencontrer au niveau sportif ou de certaines entreprises, Acoa a, entre autres, vocation à développer cette possibilité par l’expérience.