Développer sa bienveillance naturelle

 

Les esquimaux ont 52 termes pour désigner la neige. La romancière canadienne Margaret Atwood pensait qu’il devrait y en avoir autant pour l’amour. Il y a, du fait de la faible diversité de notre langage, différents usages du verbe aimer en français. « Une mère aime son enfant » : on peut imaginer de la bienveillance, une aspiration à la protection et au bien-être de son enfant. « J’aime le chocolat » : on ne peut imaginer une aspiration au bonheur du chocolat ! « J’aime le bœuf » : on est là loin de l’aspiration au bien-être du bœuf !



Le verbe aimer contient un sens qui intègre la bienveillance vis-à-vis de l’autre, et un autre celui de sa propre satisfaction. Cette diversité d’usage est source de confusion, tant au niveau du mot que de notre compréhension, entre une émotion négative de recherche immédiate de sa propre satisfaction, un repli sur soi où l’autre devient « objet », et une qualité qui est vécue dans l’ouverture, où l’autre est perçu dans ce qu’il a de vivant.

Lorsque nous évoquons le terme de bienveillance, nous faisons référence à une aspiration à la protection et à l’apport, libre de la priorité mise sur son propre plaisir. Sachant que cette bienveillance sera source de grande satisfaction, vécue dans l’ouverture, or de toute présence égotique.

 

Bienveillance en  entreprise ?

Dans un tribunal aux USA un homme est jugé pour avoir violé et tué des jeunes filles, durant tout le procès, il reste strictement silencieux, impassible. A la fin du procès les familles des jeunes filles prennent la parole, tour à tour elles dénoncent l’inhumanité de l’accusé, se réjouissent de sa condamnation, même si cela ne rendra pas leur fille. L’une des mères de victime se tourne quant à elle vers le tueur et lui dit : « Je vous pardonne ». Ce dernier s’effondre alors, en pleurs.

« Mais quel rapport avec l’entreprise ? » me direz-vous. Dans l’entreprise, il y a aussi beaucoup de cadavres qui conditionnent les relations et la capacité d’action. Dans des entreprises qui résultaient de fusion étant intervenues plus de 10 ans auparavant, j’ai pu constaté que les animosités entre les différentes origines demeuraient très vivantes, potentiel de « règlement de compte ». Il y a beaucoup d’autres cadavres, injustices vécues, coups bas, non reconnaissance, toutes aussi dommageables à la dynamique commune. Le passage de ces rancoeurs à la bienveillance favorise totalement le développement de la confiance. Le travail en équipe, la co-construction sont facilités et enrichis lorsqu’ils sont déjà en place. C’est également une source de joie et de motivation et donc d’engagement pour l’individu qui la met en œuvre. Le niveau de transformation est comparable au changement de comportement du tueur.

Considérons une mère bienveillante. Si son enfant fait une bêtise, elle va bien sûr intervenir, sans aucune animosité par rapport à son enfant, mais pour le faire progresser, le mettre à l’abri des dommages qu’il subirait s’il poursuivait sur la voie de ces comportements. Des interventions bienveillantes peuvent apparaître comme des sanctions, car la bienveillance n’est pas une forme de permissivité.

 

Apports

`L’aspiration à sortir de tout motif égocentré, source de complications et de difficultés, pour s’orienter vers une capacité d’apport quelles que soient les conditions est une bénédiction. C’est une grande source de sens et une satisfaction profonde.

La bienveillance développe un charisme, une profondeur naturellement perçue par l’autre. Ceux qui ont eu la chance de rencontrer des êtres comme Mère Teresa, ou d’autres personnes qui se tournent de façon heureuse vers la souffrance, témoignent que leur seul regard inspire. Plus les individus de l’entreprise vont vers une bienveillance profonde, créent une ambiance bienveillante, plus le niveau de stress dans l’entreprise va diminuer, facilitant le contact au réel.

La confiance se développe, elle est essentielle à la puissance de l’action. Ne dit-on pas qu’avec la foi on peut déplacer des montagnes ? A l’inverse l’absence de confiance est inhibitrice. Prenons l’exemple de quelqu’un qui doit aller de Paris à Toulouse en vélo. S’il n’est pas sûr de l’existence de Toulouse, s’il n’est pas sûr de la solidité du vélo sur cette distance, ou de sa capacité à pédaler aussi longtemps, son engagement sera faible.